Ratchaburi
Les inondations en cours concernent environ 2 700 kilomètres carrés et ont fait 40 morts, les zones les plus touchées étant les plaines centrales, a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement, Ekkapob Pianpises.
La Thaïlande fait face à une crise hydrique d’ampleur, avec des alertes rouges déclenchées sur plusieurs barrages et des provinces entières en état de vigilance. Les autorités tentent de contenir des débits records, tandis que les habitants déplacent leurs biens et se préparent à des pluies supplémentaires début octobre.
Mae Klong : seuil critique dépassé
Au barrage de Mae Klong, le débit a atteint 2 142 m³/s, bien au‑delà du seuil critique de 1 500 m³/s.
Le barrage de Mae Klong se situe dans la province de Kanchanaburi, à environ 30 km de la ville de Kanchanaburi et à près de 130 km à l’ouest de Bangkok. Il est construit sur le fleuve Mae Klong, l’un des grands cours d’eau de l’ouest de la Thaïlande qui traverse la province de Kanchanaburi avant de rejoindre le golfe de Thaïlande.
Les autorités prévoient de maintenir les rejets entre 2 300 et 2 400 m³/s, mais le pic pourrait grimper à 2 500. Les riverains ont reçu l’ordre de mettre leurs biens en sécurité, après qu’un radeau à la dérive a heurté une porte du barrage, accentuant les inquiétudes.
Chao Phraya : 11 provinces en alerte
Le barrage de Chao Phraya a augmenté son débit à 2 200 m³/s, déclenchant une alerte pour 11 provinces, dont Bangkok et Nonthaburi. Les niveaux devraient monter de 20 à 60 cm en 24 heures. À Chai Nat, plusieurs districts sont déjà inondés, touchant 581 foyers et 1 652 habitants, avec des terres agricoles endommagées.
À Rayong, une femme de 59 ans est morte mardi soir, probablement électrocutée par un poteau électrique conducteur de courant alors qu’elle traversait les eaux pour acheter de la nourriture. L’incident, survenu près du marché de Nong Chok, rappelle le danger de marcher dans les zones inondées à proximité des installations électriques.
Tha Chin : Sam Phran submergé
À Nakhon Pathom, le fleuve Tha Chin a débordé de 50 cm au‑dessus de ses berges dans le district de Sam Phran. Les vergers de noix de coco et d’orchidées sont noyés depuis cinq jours. Les habitants utilisent des sacs de sable pour protéger leurs maisons, tandis que les services de santé distribuent des médicaments contre les affections cutanées liées à l’eau.
Bangkok : circulation perturbée
La capitale n’est pas épargnée. Le Département du drainage a signalé des inondations sur une dizaine de routes, avec des hauteurs d’eau allant jusqu’à 20 cm. Ram Intra, Nawamin, Ramkhamhaeng et Srinagarindra figurent parmi les axes les plus touchés, compliquant la circulation et rappelant la vulnérabilité chronique de Bangkok.
Les autorités éducatives de Bangkok ont annoncé la fermeture temporaire des écoles dans 15 districts fortement touchés par les inondations, du 30 septembre au 2 octobre 2026, afin de protéger élèves, enseignants et familles. Dans les autres districts, la décision est laissée à l’appréciation des directeurs, selon la gravité locale de la situation.
Les animaux touchés par les inondations à Bangkok peuvent désormais être accueillis au refuge de Prawet, où ils reçoivent soins médicaux et hébergement temporaire. L’opération, menée par la BMA avec des fondations locales et des vétérinaires, a déjà évacué 23 chiens et chats des districts de Khan Na Yao, Bang Kapi et Prawet.
Thai Airways a annoncé la suspension temporaire de ces opérations de fret (à l’arrivée, au départ et en transit) à son terminal de l’aéroport de Suvarnabhumi, du 1er au 6 octobre, en raison d’inondations perturbant les déplacements du personnel et les opérations d’entrepôt.
Entre le 26 et le 28 septembre, 10 000 bagages se sont accumulés à l’aéroport de Suvarnabhumi en raison d’inondations et de problèmes opérationnels de Thai Airways International, et seulement 18 % d’entre eux ont pu être pris en charge mercredi, selon le ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn. Ainsi, plus de 8000 valises sont toujours en souffrance. On ne sait pas si la réputation de la compagnie s’en trouvera redorée.
Urbanisme contesté
Au‑delà de l’urgence, le Thailand Consumers Council critique le projet de révision du plan d’urbanisme de Bangkok, qui supprimerait des zones de rétention d’eau au profit de nouveaux lotissements. Cinq étangs perdraient leur fonction de bassins de stockage. Les experts avertissent : remplacer les espaces verts par du béton rendra la capitale dépendante de tunnels et de pompes, dont les limites ont déjà été révélées par les crues récentes.
Une équation complexe
Les autorités doivent jongler entre gestion immédiate des débits, assistance aux sinistrés et planification urbaine à long terme. Les marées hautes attendues début octobre risquent de compliquer encore le drainage. Les experts insistent sur la nécessité d’utiliser les marées basses pour évacuer rapidement l’eau et créer de la capacité avant les prochaines pluies.



