
L’enquête prend une ampleur inattendue. Les autorités thaïlandaises ont lancé une nouvelle vague d’arrestations dans une vaste affaire de fraude à la nationalité impliquant des « pères à louer », des citoyens thaïlandais rémunérés pour reconnaître légalement des enfants nés de parents étrangers afin de leur permettre d’obtenir la nationalité thaïlandaise.
Selon la police de l’immigration, 46 mandats d’arrêt ont désormais été émis dans ce dossier qui met en cause des particuliers, des employés d’hôpitaux, des agents publics et plusieurs intermédiaires. Les enquêteurs ont identifié 24 nouveaux cas suspects liés à huit établissements hospitaliers.
Le système reposait sur une méthode relativement simple. Des hommes thaïlandais acceptaient, moyennant une rémunération généralement de 5.000 bahts, d’être officiellement déclarés comme père d’un enfant lors de l’enregistrement de la naissance. Cette reconnaissance ouvrait ensuite la voie à l’obtention de documents thaïlandais et, à terme, de la nationalité.
Des tests ADN accablants
L’affaire a véritablement pris un tournant avec le recours systématique aux analyses ADN. Les prélèvements effectués sur les 24 personnes concernées, leurs mères, les hommes déclarés comme pères et les pères biologiques présumés ont révélé un constat sans appel : aucun des pères thaïlandais inscrits sur les actes de naissance n’était biologiquement lié aux enfants.
Parmi les cas les plus emblématiques figure celui d’un homme, âgé maintenant de 27 ans, titulaire d’un diplôme d’ingénieur industriel et employé dans une entreprise de câbles électriques. Son acte de naissance mentionnait un père thaïlandais et une mère chinoise. Les analyses génétiques ont toutefois démontré qu’il était en réalité le fils biologique d’un ressortissant chinois.
L’homme thaïlandais qui figurait sur le document officiel a reconnu avoir reçu 5.000 bahts pour contracter un mariage administratif avec la mère il y a vingt-sept ans.
Un étudiant en médecine concerné
L’enquête a également conduit à l’arrestation de jumeaux, âgés maintenant de 23 ans. L’un poursuit des études de médecine dans une université réputée du pays tandis que son frère travaille comme programmeur après avoir obtenu un diplôme à Hong Kong.
Là encore, les tests ADN ont démontré que le père thaïlandais figurant sur leur état civil n’avait aucun lien biologique avec eux. Leur mère, d’origine chinoise, est soupçonnée d’avoir utilisé ces déclarations pour permettre à ses fils d’obtenir leurs papiers thaïlandais.
Un système organisé
Pour les autorités, ces cas ne représentent probablement qu’une partie d’un réseau beaucoup plus vaste. Les enquêteurs cherchent désormais à identifier les recruteurs, les intermédiaires et les fonctionnaires qui auraient facilité ces démarches.
Tous les dossiers concernés vont être réexaminés. Si la fraude est établie, les autorités pourront annuler les documents délivrés et retirer le statut de citoyen thaïlandais obtenu indûment.
Cette affaire met en lumière une faille sensible du système thaïlandais d’état civil. Elle rappelle également la valeur de la nationalité thaïlandaise pour de nombreuses familles étrangères, en particulier celles qui souhaitent accéder plus facilement à l’éducation, à l’emploi ou à la propriété dans le royaume. Les autorités affirment vouloir combler définitivement ces lacunes afin d’empêcher que l’état civil ne soit utilisé pour contourner les lois sur l’immigration et la nationalité.



