
La confiance des visiteurs chinois en Thaïlande est de nouveau ébranlée. Après l’arrestation de plusieurs policiers accusés d’avoir enlevé cinq ressortissants chinois dans la province de Sa Kaeo avant de les racketter, les réservations venues de Chine ralentissent. L’affaire, largement relayée sur les réseaux sociaux chinois, a poussé l’ambassade de Chine à demander une enquête « transparente et équitable » et à appeler ses ressortissants à la prudence.
Un choc pour le secteur touristique
Selon l’Association des agences de voyages thaïlandaises (Atta), les annulations se multiplient et les nouvelles réservations marquent le pas. Pour Adith Chairattananon, secrétaire général honoraire de l’Atta, l’impact est immédiat : « Les touristes chinois accordent une grande confiance aux autorités. Voir des policiers impliqués dans une affaire criminelle est particulièrement choquant. »
La Chine reste pourtant le premier marché touristique de la Thaïlande, avec plus de 2,1 millions d’arrivées depuis le début de l’année, en hausse de près de 19 % par rapport à 2025. L’Atta vise toujours sept millions de visiteurs chinois en 2026, mais reconnaît que l’indélicatesse de ces policiers pourrait compromettre cet objectif, surtout si la polémique continue d’enfler.
Une enquête nationale
Quatre policiers ont été suspendus, un cinquième reste en fuite, et un civil a également été arrêté. Les autorités examinent les communications, les transactions financières et les lieux utilisés pour déterminer s’il s’agit d’une opération isolée ou d’un schéma plus vaste. Le porte‑parole de la police a reconnu la gravité du dossier, impliquant plusieurs unités, et l’a porté au niveau national. Seulement “suspendre” ces policiers, sans les incarcérer, peut paraître insuffisant aux yeux des Chinois, habitués à voir des sanctions fermes contre les délinquants et criminels.
Des répercussions locales
À Pattaya, haut lieu du tourisme chinois, l’impact n’est pas encore visible. Mais les professionnels redoutent une baisse de 20 à 30 % des arrivées si la polémique se prolonge sur les réseaux sociaux. Thanet Supornsahasrungsi, président de la fédération touristique de Chonburi, insiste : « Le gouvernement doit communiquer clairement avec Pékin et restaurer la confiance. »
Un climat de défiance généralisé
Ce scandale survient alors que Phuket est secouée par une autre affaire d’extorsion et de corruption impliquant des responsables locaux. Cinq hauts fonctionnaires ont été temporairement transférés pour éviter toute manipulation de preuves, après des protestations d’exploitants de bars et clubs de Patong. Ces affaires successives alimentent un sentiment de défiance vis‑à‑vis des institutions, au moment où le Premier ministre Anutin Charnvirakul promettait une lutte renforcée contre les « figures influentes » et les pratiques illégales.
Une bataille de longue haleine
La Thaïlande n’en est pas à son premier scandale d’extorsion ou de corruption. Chaque crise rappelle la fragilité de la confiance des visiteurs étrangers, en particulier chinois, dont le poids économique est crucial. Restaurer cette confiance exige plus qu’une enquête ponctuelle et des déclarations vides de sens : c’est un travail de fond pour montrer que l’État protège réellement ses hôtes.



