
L’économie thaïlandaise devrait continuer à progresser, mais à un rythme nettement inférieur à celui de ses voisins. Après une croissance désormais estimée à 2,4 % en 2026, plusieurs institutions anticipent un ralentissement à environ 2 % à 2,1 % en 2027, confirmant les difficultés structurelles auxquelles le royaume est confronté.
Selon le centre de recherche K-Research, la dégradation de l’environnement international constitue l’un des principaux risques pour l’an prochain. Les tensions géopolitiques persistantes, les incertitudes budgétaires aux États-Unis et le poids croissant de la dette publique dans plusieurs grandes économies pourraient peser sur la croissance mondiale et, par ricochet, sur les exportations thaïlandaises.
Pour autant, le tableau n’est pas entièrement sombre. Cette année, la Thaïlande a bénéficié du dynamisme des exportations et d’un regain des investissements privés, notamment dans les secteurs liés à l’intelligence artificielle, aux centres de données et aux infrastructures technologiques. Les demandes de promotion des investissements auprès du Board of Investment témoignent d’un intérêt croissant des investisseurs pour les activités liées aux chaînes d’approvisionnement de l’IA.
La Thaïlande semble aujourd’hui davantage profiter de ses infrastructures que de son capital humain. L’essor des centres de données est souvent présenté comme la preuve d’une modernisation accélérée du royaume. En réalité, ces investissements sont surtout attirés par la qualité du réseau électrique, des télécommunications et des infrastructures logistiques, tout en générant relativement peu d’emplois hautement qualifiés. Pour certains observateurs, cette stratégie traduit une préférence pour la rente économique immédiate plutôt que pour les investissements de long terme dans l’innovation, la recherche et la formation.
Pour une grande partie de l’économie, la reprise demeure fragile et concentrée dans quelques secteurs. Les économistes évoquent de plus en plus une « économie à deux vitesses » : d’un côté, les industries tournées vers la technologie et l’exportation progressent ; de l’autre, les ménages et de nombreuses petites entreprises continuent de souffrir.
Le principal frein reste l’endettement des ménages. La dette privée thaïlandaise figure parmi les plus élevées d’Asie et limite fortement la consommation intérieure. De nombreuses familles privilégient le remboursement de leurs emprunts plutôt que les dépenses de consommation, ce qui réduit la dynamique économique globale.
Les petites et moyennes entreprises rencontrent également des difficultés. Souvent moins compétitives que leurs concurrentes régionales, elles peinent à accéder au financement et à investir dans leur modernisation.
Comparée à ses voisins, la Thaïlande apparaît en retrait. Le Vietnam devrait encore afficher une croissance supérieure à 7 % en 2027 grâce aux investissements industriels internationaux. La Malaisie, économie mature, pourrait approcher les 5 %, portée par les semi-conducteurs, tandis que l’Indonésie et les Philippines devraient conserver un rythme proche de 5 %, soutenu par leur marché intérieur.
D’autres facteurs structurels expliquent cet écart. Le vieillissement rapide de la population thaïlandaise réduit progressivement la taille de la main-d’œuvre disponible, alors que des pays comme l’Indonésie ou les Philippines bénéficient encore d’une démographie dynamique.
Face à cette situation, la Banque de Thaïlande a maintenu son taux directeur à 1 %, estimant que l’économie a toujours besoin d’un soutien monétaire. Les analystes s’attendent à ce que ce niveau soit conservé pendant toute l’année 2027.
Pour les économistes, le véritable défi n’est donc plus de retrouver la croissance, mais de parvenir à la diffuser à l’ensemble du pays. Sans amélioration du pouvoir d’achat, de la productivité des PME et de la situation de l’endettement des ménages, la Thaïlande risque de rester durablement à l’arrière du peloton économique de l’ASEAN.



