
La Thaïlande est‑elle devenue un centre de production de méthamphétamine ? La question a ressurgi après la spectaculaire saisie, le 9 juin, de 50 tonnes de produits chimiques dans dix entrepôts de Bangkok et de ses environs. Le Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Anutin Charnvirakul, avait aussitôt annoncé que ces substances pouvaient servir à fabriquer 1,1 milliard de comprimés de méthamphétamine, promettant une lutte sans relâche contre les trafiquants.
Mais dès le lendemain, l’Office de lutte contre les stupéfiants (ONCB) a tenu à calmer le jeu. Selon l’agence, les produits saisis étaient bien des précurseurs chimiques, mais destinés à être expédiés vers des laboratoires situés hors du territoire thaïlandais. « Il ne s’agit pas de preuves d’une production locale », a insisté l’ONCB, qui estime que les chiffres avancés par le chef du gouvernement ont été mal interprétés.
Cette mise au point a été perçue comme un désaveu pour Anutin, qui avait porté l’affaire devant le Conseil des ministres le 10 juin en dénonçant une menace nationale. L’agence anti‑drogue rappelle que la Thaïlande est avant tout un pays de transit : les substances circulent vers les usines clandestines du Myanmar, notamment dans l’État Shan, identifié par l’ONU comme le principal foyer de production de méthamphétamine en Asie du Sud‑Est.
L’affaire a également suscité des rumeurs sur une prétendue critique venue de Corée du Sud. Là encore, l’ONCB a démenti : les médias sud‑coréens ont au contraire salué la coopération entre leur service de renseignement et les autorités thaïlandaises, coopération qui a permis la saisie.
Le dossier met en lumière les zones grises de l’économie régionale. Le vaste groupe commercial qui louait les entrepôts – actif dans l’alimentation, les engrais et l’immobilier – se retrouve désormais sous le feu des projecteurs. Les enquêteurs cherchent à déterminer si l’entreprise était complice ou simplement utilisée comme couverture logistique.
Les chiffres de l’ONU montrent que la Thaïlande reste une destination importante pour les comprimés venus du Myanmar, mais aussi un point de passage stratégique pour les précurseurs chimiques. Le royaume peut donc difficilement nier qu’il est un acteur majeur de la narco-criminalité.
Entre communication politique et réalités du terrain, l’affaire des 50 tonnes de produits chimiques révèle les tensions internes dans la lutte antidrogue. Pour Anutin, qui avait fait de la fermeté contre les trafiquants un axe de son mandat, le revers est sévère. Pour l’ONCB, il s’agit de rappeler que la Thaïlande combat avant tout un rôle de plateforme logistique, et non de producteur direct.
À ce stade, rien ne permet d’affirmer que de la drogue est produite en Thaïlande.



