
Le Département des Transports terrestres thaïlandais envisage d’interdire les célèbres tuk-tuks à moteur thermique dans le centre de Bangkok. Une mesure qui, si elle est adoptée, pourrait transformer l’image de la capitale et son secteur touristique.
Le projet de règlement, actuellement soumis à consultation publique jusqu’au 27 août 2026, prévoit de bannir les modèles à essence dans les zones les plus fréquentées : temples royaux, sites historiques et quartiers touristiques. Seuls les tuk-tuks électriques seraient autorisés à circuler. Objectif affiché : réduire la pollution sonore et atmosphérique dans une ville où les trois-roues sont devenus un symbole autant qu’un problème environnemental.
À ce jour, Bangkok compte 8 582 tuk-tuks enregistrés, dont la grande majorité fonctionne encore avec des moteurs à combustion interne. Beaucoup ont plus de dix ans, certains jusqu’à cinquante, et leur sécurité est jugée insuffisante. “Il ne s’agit pas d’une interdiction immédiate, mais d’une réflexion à long terme”, a précisé Sorapong Phaitoonpong, directeur du Département, en réponse aux inquiétudes des chauffeurs.
La transition vers l’électrique est déjà en marche. Plusieurs entreprises locales, comme MuvMi ou BizNex Motor, déploient des flottes de tuk-tuks 100 % électriques dans la capitale. D’autres fabricants, tels que E-Tuk Factory ou Dako Motor, visent l’exportation vers l’Europe, notamment la France, la Suède et le Danemark. Ces modèles affichent une autonomie de 80 à 120 km et une vitesse de pointe de 50 à 70 km/h.
Mais l’exportation reste complexe : les véhicules doivent répondre aux normes strictes de l’Union européenne (catégorie L5e pour les triporteurs lourds), avec des tests de sécurité et des homologations coûteuses. En France, le marché cible serait surtout le tourisme urbain, la livraison du dernier kilomètre et les navettes municipales.
À Bangkok, les avis sont partagés. Les défenseurs du projet y voient une opportunité de moderniser l’image de la ville et d’améliorer la qualité de l’air. Les chauffeurs, eux, redoutent une hausse des coûts et une perte de revenus si la transition n’est pas accompagnée de subventions.
Symbole coloré et bruyant des rues thaïlandaises, le tuk-tuk pourrait donc bientôt se réinventer. Reste à savoir si les visiteurs accepteront de troquer le charme nostalgique du moteur pétaradant contre le silence feutré des batteries électriques. Les Bangkokiens, eux, ont tranché : sans passage à l’électrique, les tuk-tuks n’ont plus leur place, jugés trop polluants et bien trop chers face aux taxis climatisés. Le folklore peut survivre : rien n’empêche les tuk-tuks électriques d’arborer le même look que ceux qui pétaradaient autrefois.



