
Nous en avons déjà parlé : la contamination de la Kok, dans la province de Chiang Rai, est devenue un problème majeur. Et la situation ne cesse d’empirer. Les agriculteurs de la région alertent désormais sur l’impact direct de la pollution aux métaux lourds sur leurs cultures et leurs revenus.
La contamination de la Kok trouve son origine principalement dans les activités minières menées en Birmanie voisine. Les mines d’or et de terres rares rejettent des métaux lourds — arsenic, cadmium, plomb — qui s’écoulent dans les rivières frontalières avant de rejoindre le bassin de la Kok. Ces mines situées en Birmanie sont en réalité exploitées par des intérêts chinois, qui utilisent le territoire birman pour contourner les régulations et alimenter leurs industries stratégiques. Les substances toxiques s’accumulent dans l’eau et les sols agricoles, contaminant directement les cultures irriguées. À cela s’ajoute l’usage excessif de pesticides, qui peut accentuer la pollution chimique.
À Ban Nong Klauy, Komchit Taerod raconte que son village produisait du maïs doux pour une entreprise de Chiang Mai. Mais les commandes ont cessé après la découverte de résidus toxiques dans les récoltes. Même destiné à l’alimentation animale, le maïs se vend désormais à prix dérisoire. « Si les métaux lourds continuent de s’accumuler, personne n’achètera nos produits », prévient-il.
Dans le district voisin de Doi Luang, Pranom Aunrat, cheffe de village, s’inquiète : ses légumes restent consommables pour l’instant, mais elle n’a aucune garantie que l’eau de la Kok ne deviendra pas impropre. « Nous n’avons pas d’autre source », déplore-t-elle.
Selon le Conseil agricole de Chiang Rai, plus de 20 800 hectares de terres répartis sur neuf districts sont déjà touchés. Les prix des fruits et légumes chutent, les consommateurs craignant une contamination. Les tests menés depuis décembre dernier sont alarmants : sur 61 échantillons analysés, 80 % ne respectent pas les normes. Arsenic, cadmium et plomb ont été détectés dans les piments, concombres, aubergines, patates douces, maïs et mangues.
Face à cette crise, certains responsables locaux suggèrent aux cultivateurs de se tourner vers des alternatives comme l’hévéa, le bambou ou le teck, et d’éviter l’eau du Kok. Mais pour beaucoup, il s’agit d’une solution irréaliste : changer de culture demande des investissements et du temps, alors que les revenus s’effondrent déjà. Une telle attitude signifierait que la Thaïlande tolère, voire capitule, face à la pollution imposée par les intérêts chinois en Birmanie.
Le Dr Suebsakul Kitnukorn, de l’université Mae Fah Luang, souligne que le ministère de l’Agriculture n’a ni fonds de compensation ni plan clair pour gérer cette pollution. Des recherches en « science médico‑légale environnementale » sont en cours pour déterminer l’origine exacte des métaux lourds : exploitation minière en Birmanie voisine ou usage excessif de pesticides.
Les autorités locales, les chercheurs et les agriculteurs réclament une action rapide. Car au‑delà du Kok, les rivières Sai et Ruak montrent elles aussi des signes de contamination, conséquence des mines de terres rares et d’or en territoire birman.
Le temps presse : sans mesures concrètes, la pollution risque de ruiner l’économie agricole de Chiang Rai et de priver des milliers de familles de leur principale source de revenus. Le gouvernement thaïlandais aurait possiblement abordé ce dossier avec ses partenaires birmans et chinois, de qui il est proche, mais sans résultat tangible jusqu’à présent.



