
Le gouvernement thaïlandais a annoncé la mise en place de task forces provinciales pour lutter contre la propagation du tilapia à menton noir (blackchin tilapia), une espèce invasive désormais signalée dans 21 provinces. Cette décision fait suite à l’alerte lancée par le ministère de l’Agriculture et des Coopératives, qui redoute des impacts majeurs sur la biodiversité et les moyens de subsistance des communautés locales.
Ce problème n’a rien de nouveau : nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, et l’épisode actuel n’est qu’un stade supplémentaire d’une crise écologique qui s’aggrave.
Le plan prévoit la création d’un comité spécial chargé de coordonner les opérations, ainsi que des équipes mobiles capables d’intervenir rapidement sur le terrain. Objectif : accélérer les actions de capture et de contrôle, en évitant les lourdeurs administratives. Les mesures déjà engagées incluent la pêche intensive, l’introduction de prédateurs pour réguler la population, la transformation des poissons capturés en engrais ou farine de poisson, la surveillance des zones à risque et l’utilisation de technologies comme l’analyse ADN et le suivi numérique des déplacements de l’espèce.
Mais la crise dépasse le seul cadre écologique. Le tribunal administratif central a ordonné le 8 septembre aux autorités de poursuivre le plan de confinement et a enjoint le ministre de l’Intérieur de déclarer la province de Samut Songkhram zone sinistrée, afin de débloquer plus rapidement des fonds d’aide. Cette décision, issue d’une plainte déposée par 54 habitants contre 18 agences publiques, souligne la responsabilité directe du Département des pêches dans la gestion de l’épidémie. Les plaignants reprochent aux autorités d’avoir laissé entrer l’espèce sans contrôle suffisant, provoquant des pertes agricoles et des difficultés économiques.
En parallèle, une action civile de plus de 2 milliards de bahts est engagée par un millier de fermiers contre une entreprise privée accusée d’avoir importé les poissons en 2010. Le tribunal de Bangkok doit statuer le 14 septembre sur la possibilité de traiter l’affaire en recours collectif. Cette entreprise n’est autre que la plus importante du pays : CP, également impliquée dans le fiasco du TGV Bangkok – Pattaya – Rayong.
Sur le plan budgétaire, le ministère de l’Agriculture avait prévu 70 à 90 millions de bahts pour 2027 afin de financer la lutte. Mais face à l’ampleur de la propagation, il envisage désormais de demander 350 millions supplémentaires au fonds central. Les autorités locales craignent que l’enveloppe initiale soit insuffisante pour contenir une espèce capable de coloniser rapidement de nouveaux milieux.
Pour les communautés, l’enjeu est vital : restaurer les écosystèmes, protéger les ressources halieutiques et permettre aux agriculteurs de retrouver des revenus stables. L’affaire du tilapia à menton noir illustre ainsi la fragilité des équilibres environnementaux et la nécessité d’une réponse coordonnée entre justice, gouvernement et société civile.



