
Les finances des temples bouddhistes thaïlandais sont de nouveau sous les projecteurs. Selon une estimation basée sur les données de 2018, les dons annuels s’élèveraient à 54,4 milliards de bahts. Ce chiffre, qui sert davantage d’indicateur historique que de total audité, souligne l’ampleur des contributions publiques. Le montant réel des dons versés aux moines individuellement ou aux temples est sans doute bien plus élevé en 2026, car il reste impossible de comptabiliser toutes les sommes transmises directement de la main à la main aux religieux, en dehors de tout enregistrement officiel.
La question du contrôle de ces sommes revient avec force, alors que plusieurs affaires de détournement secouent le pays. Il apparaît néanmoins que la grande majorité des moines vivent dans des conditions modestes, proches du dénuement.
Le 10 septembre 2026, la police du Bureau central d’investigation (CIB) a arrêté Phra Wachirayan, alias Luang Pho Atichot Dhammavaro, abbé défroqué du Wat Phutthaisawan à Ayutthaya. Il est accusé d’avoir détourné environ 92 millions de bahts, avec des soupçons de blanchiment et de relations inappropriées. La perquisition a permis de saisir plus de 100 millions en liquide, de l’or et divers biens, pour une valeur totale dépassant 200 millions.
Ce scandale s’ajoute à une série de cas révélés entre 2022 et 2026. En 2022, l’ex‑moine Phra Kato avait reconnu avoir retiré 600 000 bahts pour régler une affaire personnelle. En 2024, l’ancien abbé de Wat Pa Thammakhiri, Khom Kongkaeo, a été condamné à 50 ans de prison pour détournement massif. En avril 2026, l’ex‑abbé de Wat Rai Khing, Yaem Intrangkrungkao, a écopé lui aussi de 50 ans de prison pour avoir détourné plus de 300 millions de bahts liés à des paris en ligne.
Ces affaires révèlent des failles structurelles. Le NIDA (National Institute of Development Administration) a pointé en 2025 la concentration du pouvoir entre les mains des abbés et l’absence de transparence comptable. Les registres financiers restent souvent internes aux temples, sans contrôle public. Résultat : les fidèles ignorent si leurs dons sont utilisés conformément à leur intention.
Face à la multiplication des scandales, le Conseil suprême de la Sangha a adopté en juin 2025 une résolution imposant de nouvelles règles : comptes bancaires au nom du temple, retraits nécessitant deux signatures dont celle de l’abbé, bilans mensuels et rapports annuels transmis au Bureau national du bouddhisme. Ces mesures, entrées en vigueur en octobre 2025, visent à renforcer la traçabilité des fonds.
Reste à savoir si elles seront appliquées partout. Les temples disposent d’actifs estimés à 1,35 trillion de bahts, mais l’absence de contrôle indépendant entretient les soupçons. Pour les fidèles, la confiance est ébranlée : les dons censés soutenir la vie monastique et les activités sociales se retrouvent trop souvent au cœur de scandales financiers.
En 2026, la Thaïlande se retrouve donc face à un paradoxe : des temples immensément riches grâce à la générosité publique, mais fragilisés par des pratiques opaques. La transparence et l’audit systématique apparaissent désormais comme des conditions indispensables pour restaurer la confiance et protéger l’intégrité des institutions religieuses.



