
Bangkok – septembre 2026. La Cour d’appel a confirmé la recevabilité d’une action collective ou « class action » intentée contre Charoen Pokphand Foods (CPF), géant agro‑alimentaire thaïlandais, accusé d’avoir introduit le tilapia à menton noir, une espèce invasive qui ravage les écosystèmes et les revenus des pêcheurs. Les plaignants réclament 2,4 milliards de bahts de compensation.
Une espèce invasive au cœur du litige
Le dossier remonte à 2024, lorsque dix pêcheurs et éleveurs de Samut Songkhram ont saisi la justice. Ils affirment que CPF aurait importé le tilapia à menton noir pour des études. Des spécimens auraient été relâchés, ou se seraient échappés accidentellement des bassins d’élevage, provoquant leur prolifération incontrôlée dans les rivières et sur les côtes. Originaire d’Afrique, ce poisson s’est répandu dans les rivières et les côtes, détruisant crevettes, crabes et poissons indigènes.
En mars 2025, le tribunal civil du sud de Bangkok avait accepté la plainte en tant qu’action collective. CPF avait fait appel, mais la Cour d’appel vient de confirmer que les villageois ont le droit de poursuivre en groupe.
Procédure en cours
La Cour d’appel a précisé que le jugement ne porte pas encore sur le fond : il s’agit uniquement de la forme, validant la procédure collective. Le tribunal de première instance doit désormais entendre les témoins et examiner les preuves. Une décision sur la qualification environnementale du dossier est attendue le 30 novembre.
L’avocat des plaignants, Somchai Ameen, espère que les audiences commenceront l’an prochain. Les pêcheurs réclament réparation pour sept années de pertes de revenus, entre 2017 et 2024.
CPF se défend
Dans un communiqué, CPF a insisté sur le fait que la justice n’a pas encore établi sa responsabilité ni ordonné de dommages. L’entreprise dit “respecter le processus judiciaire” et se dit prête à présenter ses arguments et ses preuves. Elle a informé la Bourse de Thaïlande que l’impact financier dépendra du jugement final.
Contexte plus large
Début septembre, le tribunal administratif central a ordonné au Département des pêches d’intensifier la lutte contre le tilapia à menton noir et au ministère de l’Intérieur de déclarer Samut Songkhram “zone sinistrée”, afin de débloquer des fonds d’aide. L’affaire illustre la gravité de l’invasion biologique, devenue un problème national.
Cet affrontement judiciaire pourrait devenir un précédent en matière de responsabilité environnementale des grandes entreprises thaïlandaises.
Le bras de fer s’annonce inégal : d’un côté, des pêcheurs aux moyens modestes ; de l’autre, CP, propriété de la deuxième famille la plus riche du pays. Dans ce duel façon David contre Goliath, rien ne garantit que David l’emporte. Mais le fait que la justice accepte le dossier représente une première victoire pour ces gens de peu.



