Nirat, chargé de l'affaire
En Thaïlande, le scandale des concours de recrutement pour les administrations locales prend une tournure encore plus inquiétante. Selon des sources proches de l’enquête, des candidats soupçonnés d’avoir triché se voient réclamer entre 300 000 et 500 000 bahts par des intermédiaires pour que leur nom disparaisse d’une liste officielle de suspects. Ces mêmes personnes auraient déjà versé entre 500 000 et 700 000 bahts afin d’obtenir un poste avant même de passer l’examen.
Ces montants, largement supérieurs au revenu annuel moyen d’un fonctionnaire local, laissent penser que l’affaire dépasse le simple niveau des candidats et des petits courtiers. Avec un préjudice estimé à 4,5 milliards de bahts pour l’ensemble du système, l’ampleur financière suggère l’implication de réseaux puissants, voire de hauts responsables capables de manipuler les résultats et de protéger les bénéficiaires.
Une enquête qui risque de s’arrêter aux « petits poissons »
L’opposition met en garde contre une enquête qui ne viserait que les candidats pris en faute, sans remonter aux véritables organisateurs. Le député Rangsiman Rome a appelé à « suivre la trace de l’argent » pour identifier ceux qui profitent réellement de ce système. Il a aussi pointé les failles dans les règles de recrutement, qui auraient permis la manipulation des copies électroniques et des fichiers de notes.
Pour l’instant, seules trois personnes ont été arrêtées, alors que plus de 5 800 postes sont concernés par des irrégularités. Le comité central chargé des examens doit se prononcer le 23 juillet sur la révocation de milliers de nominations, mais les critiques dénoncent la lenteur de l’enquête et l’absence de poursuites pénales contre les responsables de haut rang.
Des soupçons au sommet
Le ministère de l’Intérieur, directement impliqué dans le processus, est accusé de ne pas agir avec transparence. Plusieurs députés ont demandé que l’enquête s’étende à d’anciens hauts fonctionnaires, dont l’ex-directeur général de l’administration locale. Des associations anticorruption affirment que certains suspects entretiennent des liens étroits avec des responsables en poste, ce qui alimente les soupçons d’un système protégé par des personnalités influentes.
Le Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Anutin Charnvirakul, assure que « personne ne sera protégé » et que les suspensions déjà prononcées montrent la volonté du gouvernement d’aller au bout du dossier. Mais son absence lors des auditions parlementaires et le fait qu’il ait délégué ses réponses à des secrétaires permanents nourrissent le scepticisme. On entend souvent ses déclarations fermes dans les dossiers sensibles, mais elles ne se traduisent pas toujours par des actions concrètes.
Anutin a affirmé que le comité central des examens locaux (Kor Sor Thor) pouvait révoquer, sans son aval, les nominations de 3 621 fonctionnaires impliqués dans le scandale de fraude aux concours. Avant son départ pour la Chine jeudi, il a précisé que le ministère de l’Intérieur avait déjà identifié les irrégularités et transmis les informations au comité compétent. La réunion prévue vendredi doit décider si ce premier lot de nominations sera annulé, Anutin insistant sur le fait que la décision relève uniquement du comité, ce qui confirme que seuls les candidats sont visés à ce stade. Il a ajouté que son rôle se limitait à informer les agences concernées une fois les anomalies découvertes. Enfin, il a nommé Nirat Pongsitthaworn directeur général de l’administration locale, chargé de suivre l’enquête.
Une affaire qui dépasse le sport local
Au‑delà des irrégularités administratives, ce scandale met en lumière la fragilité du système de gouvernance thaïlandais. Alors que le pays ambitionne de rejoindre l’OCDE, l’affaire révèle un mécanisme de corruption systémique où des sommes colossales circulent pour acheter des postes publics.
Avec des paiements atteignant près d’un million de bahts par candidat, l’ombre de figures puissantes plane sur ce dossier, et l’opinion publique attend désormais que l’enquête ne s’arrête pas aux « petits poissons ».



