
C’est une décision historique pour le Sud de la Thaïlande. La Cour suprême a condamné un caporal à 10 ans et 8 mois de prison pour le meurtre de trois villageois dans la province de Narathiwat, en 2019. Une première : jamais auparavant un militaire n’avait été reconnu coupable par une juridiction civile d’avoir tué des civils dans cette région sous loi spéciale.
Le verdict, lu le 19 juin par le tribunal provincial de Narathiwat, confirme celui de la Cour d’appel de la région 9, qui avait requalifié les faits en meurtre intentionnel. Un autre accusé, un ranger volontaire, a été acquitté. Les trois victimes — des habitants de Ra‑ngae — avaient été abattues par une patrouille militaire sur le mont Khao Tawae le 16 décembre 2019.
Six ans de bataille judiciaire
L’affaire avait débuté par une enquête sur les circonstances du drame. Les familles des victimes, assistées par des avocats des fondations CrCF et du Centre des avocats musulmans, avaient déposé plainte pour obtenir justice. En première instance, les deux militaires avaient été condamnés pour homicide par négligence, à quatre ans de prison chacun. Mais la cour d’appel avait ensuite jugé que le caporal avait agi intentionnellement, portant la peine à seize ans, réduite à dix ans et huit mois pour coopération partielle.
Le procès, ouvert en 2023, s’est achevé en juin 2026, après six ans et demi de procédure. Pour les familles, cette condamnation marque un tournant : elle prouve qu’un militaire peut être jugé et puni par un tribunal civil, même dans une zone où les forces armées disposent de pouvoirs étendus.
Un précédent symbolique
Narathiwat, comme les provinces voisines de Pattani et Yala, est régulièrement le théâtre de tensions et d’incidents impliquant les forces de sécurité. Jusqu’ici, la plupart des affaires de tirs mortels sur des civils n’avaient jamais abouti devant la justice. Cette décision crée donc un précédent majeur, salué par les défenseurs des droits humains comme une avancée vers la responsabilité et la transparence.
Les proches des victimes envisagent désormais une action civile contre l’armée pour obtenir réparation, conformément à la loi sur la responsabilité des agents de l’État.
On ne sait pas si le caporal est maintenant détenu.



