
Bangkok, 31 août 2026 — Après 17 ans de combat judiciaire, la Cour suprême a ordonné à la police royale thaïlandaise de verser 4,38 millions de bahts à Rittirong Chuenjit, victime de torture lors d’une enquête en 2009. Le tribunal a également exigé l’effacement de son casier judiciaire et de ses empreintes du registre criminel, mettant un terme à une affaire devenue emblématique des abus policiers.
En janvier 2009, Rittirong, alors âgé de 18 ans et encore lycéen, avait été arrêté à Prachin Buri pour un vol à l’arraché. Les enquêteurs l’avaient frappé et asphyxié avec des sacs plastiques afin de lui extorquer des aveux. Quelques mois plus tard, le véritable auteur du délit était identifié et poursuivi, tandis que Rittirong restait marqué par les violences subies. L’un des sept policiers impliqués fut condamné à un an et quatre mois de prison avec sursis, assorti d’une amende symbolique de 8 000 bahts.
Depuis, le jeune homme suit un traitement psychiatrique pour les traumatismes liés à cette expérience. Sa famille, soutenue par la Fondation CrCF, a multiplié les démarches auprès de plus de 50 institutions pour obtenir réparation.
La Fondation CrCF (Cross Cultural Foundation) est une ONG thaïlandaise de défense des droits humains, spécialisée dans la lutte contre la torture, les disparitions forcées et les abus commis par les autorités. Elle fournit une aide juridique, milite pour des réformes et sensibilise le public.
En 2022, le tribunal civil avait accordé 3,38 millions de bahts à Rittirong, mais la cour d’appel avait réduit la somme à 380 000 bahts, estimant que des indemnités déjà versées par deux policiers devaient être déduites.
Refusant cette décision, Rittirong et ses avocats ont porté l’affaire devant la Cour suprême, qui a accepté d’examiner le dossier en avril 2025. Le jugement rendu ce lundi rétablit une indemnisation plus conforme à la gravité des faits et reconnaît officiellement la responsabilité de l’institution policière.
Cette affaire illustre les dérives de certaines pratiques policières en Thaïlande et a contribué à nourrir le débat autour de la loi de 2022 sur la prévention de la torture et des disparitions forcées, entrée en vigueur en 2023. Le texte prévoit désormais des sanctions claires contre les agents fautifs et leurs supérieurs hiérarchiques en cas de négligence.
Pour les défenseurs des droits humains, la décision de la Cour suprême constitue un précédent important. Elle confirme que les victimes de torture peuvent obtenir justice et réparation, même après de longues années. Elle envoie aussi un signal fort : les abus commis par des agents de l’État ne resteront pas impunis.
Pour Rittirong et sa famille, cette victoire judiciaire marque la fin d’un parcours éprouvant. Elle représente non seulement une compensation financière, mais surtout une reconnaissance officielle des souffrances endurées et un pas vers la restauration de sa dignité.



