
Les Thaïlandais paient depuis des années plus qu’ils ne le devraient sur leurs factures d’électricité. Derrière les kilowatts consommés à la maison se cachent aussi… les lampadaires des routes, l’éclairage des autoroutes et autres infrastructures publiques. Une pratique discrète, révélée par le ministère de l’Énergie, qui chiffre la facture à plus de 10 milliards de bahts par an.
Le ministre de l’Énergie, Akanat Promphan, estime que les consommateurs ont le droit de savoir. Selon lui, classer ces dépenses comme de simples « pertes du système » et les répartir sur l’ensemble des usagers est inacceptable. Il propose d’installer des compteurs séparés et de tenir des registres clairs pour distinguer la consommation des ménages de celle des infrastructures publiques. « Les agences responsables doivent assumer leurs coûts, pas les citoyens », a-t-il insisté.
Le vice‑Premier ministre et ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn, reconnaît que cette pratique ne date pas d’hier. Elle existe depuis des décennies et n’a pas commencé sous l’actuel gouvernement. Il rappelle que le Premier ministre Anutin Charnvirakul a demandé à ses ministres de trouver des solutions pour alléger les factures des ménages et retirer ces frais d’éclairage public du tarif de base.
Le ministère des Transports a déjà lancé un programme de remplacement des lampadaires vieillissants par des ampoules LED, censées réduire la consommation de 40 à 50 %. Mais absorber seul une dépense annuelle de plus de 10 milliards de bahts reste impossible. Phiphat souligne que même si l’État prenait en charge ces coûts, la question du financement se poserait encore, puisque l’argent public provient des contribuables.
Le Sénat s’est également saisi du dossier. Sa commission de l’énergie estime que l’éclairage public n’est qu’une partie des « frais cachés » inclus dans les tarifs. Sur un prix moyen de 4,18 bahts par unité, entre 12 et 22 % seraient liés à des politiques publiques ou à des inefficacités structurelles. Parmi elles : la surcapacité de production, les contrats « take‑or‑pay » avec des producteurs privés, le soutien aux énergies renouvelables ou encore les dettes accumulées lors des gels tarifaires passés.
Le président de la commission, Pornperm Thongsri, plaide pour une réforme en profondeur : séparer les dépenses publiques des factures des ménages, rendre les prix plus transparents et cibler les aides vers les foyers modestes.
En clair, derrière chaque ampoule de rue se cache une facture collective. Et si les ménages paient déjà pour éclairer leur salon, ils n’ont plus envie de financer en douce les autoroutes.



