Les industriels thaïlandais demandent au gouvernement d'agir
La Banque de Thaïlande (BOT) a confirmé jeudi un ralentissement marqué de l’économie. Son rapport de politique monétaire du premier trimestre 2026 ramène la prévision de croissance annuelle à 1,5 %, contre 2,4 % en 2025. Les données du premier trimestre, attendues lundi 18 mai, devraient montrer une progression limitée de 2,2 % sur un an et à peine 0,1 % sur un trimestre, selon un sondage Reuters.
Consommation et tourisme en recul
Les économistes interrogés estiment que la faiblesse de la demande intérieure et la chute du tourisme liée à la guerre en Iran ont pesé sur l’activité. Les arrivées de visiteurs ont reculé de 1,8 % en février, puis de 8,7 % en mars. Ces baisses s’inscrivent par rapport à 2025, une année qui avait déjà enregistré un recul marqué par rapport à 2024. Les flux en provenance du Golfe se sont quasiment arrêtés, tandis que les voyageurs malaisiens ont été freinés par la hausse des coûts de transport.
La consommation privée, déjà fragilisée par l’endettement élevé des ménages, a ralenti après la fin du programme de co‑paiement gouvernemental fin 2025.
Exportations en plein essor
Seul point positif : les exportations. Portées par la demande mondiale en électronique et équipements liés à l’intelligence artificielle, elles ont bondi de 18,7 % en mars, atteignant 35,16 milliards de dollars. C’est le 21ᵉ mois consécutif de hausse. Mais les analystes préviennent que ce moteur ne suffira pas à compenser la faiblesse du tourisme et de la consommation dans les prochains trimestres.
Perspectives moroses
Selon Reuters, la croissance du deuxième trimestre pourrait tomber à 1,3 %, avec une moyenne annuelle de 1,6 % en 2026. La BOT a déjà abaissé sa prévision de 1,9 % à 1,5 %. Les risques liés aux prix de l’énergie et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement restent élevés.
L’automobile en crise
À ces difficultés s’ajoute une alerte du secteur automobile. Dix groupements représentant plus de 1 500 entreprises ont averti que l’adoption rapide des véhicules électriques (VE) menace la production locale. Les constructeurs thaïlandais peinent à rivaliser avec les importations chinoises exemptées de droits, tandis que les fabricants de composants voient leurs commandes s’effondrer.
Dans une lettre adressée au gouvernement, ils redoutent un « effet de falaise » en 2027, lorsque les incitations actuelles à la production locale de VE expireront. Ils réclament une refonte urgente de la politique industrielle :
- réformes fiscales favorisant les VE produits localement,
- quotas d’importation liés à la production domestique et aux transferts de technologie,
- règles plus strictes sur le contenu local,
- encouragement à l’utilisation de pièces fabriquées en Thaïlande,
- audits renforcés du Board of Investment,
- mesures contre le dumping et accès équitable aux matières premières.
Un centre régional menacé
La Thaïlande est le principal hub automobile d’Asie du Sud‑Est, base d’exportation pour Toyota et Honda. Sa politique pro‑VE a attiré plus de 4 milliards de dollars d’investissements, notamment de BYD et Great Wall Motors. Mais sans ajustement rapide, le pays risque de voir son industrie basculer, au moment même où l’économie nationale s’essouffle.



