
Un nouveau sondage du Joint Standing Committee on Commerce, Industry and Banking (JSCCIB) révèle une réalité inquiétante : près de neuf entreprises sur dix considèrent la corruption comme un obstacle majeur à leurs activités. Menée auprès de 401 dirigeants et représentants à travers le pays, l’enquête confirme que le climat des affaires s’est détérioré. Si 0,3 % des répondants trouvent que la situation s’est améliorée, plus de la moitié (51,2 %) estiment que la corruption s’est aggravée au cours des trois dernières années, tandis que 51 % jugent les relations avec les agences publiques de plus en plus difficiles.
Pots-de-vin et pratiques généralisées
Les résultats mettent en lumière des pratiques de corruption profondément enracinées. Près de 61 % des entreprises ayant sollicité des permis gouvernementaux disent avoir été confrontées à des demandes implicites de paiements ou d’avantages. Et 45,9 % reconnaissent avoir versé de l’argent, offert des cadeaux ou fourni d’autres bénéfices pour faciliter leurs opérations.
Dans les marchés publics, plus d’un tiers des sondés (37,3 %) affirment que des frais supplémentaires sont attendus pour obtenir des contrats, représentant en moyenne 11 à 15 % de la valeur totale. Les paiements en liquide restent la forme la plus courante de pot‑de‑vin.
Les agences les plus citées
Les forces de police routière et de la circulation arrivent en tête des organismes où les demandes sont les plus fréquentes, suivies par le processus judiciaire (hors tribunaux), les administrations locales et le Département de la Marine.
En termes de valeur moyenne des pots‑de‑vin par transaction, le Département de contrôle de la pollution occupe la première place avec 102 160 bahts, devant le Département de la Marine (100 000 bahts), le Département des accises (94 667 bahts) et le Département des impôts (89 498 bahts).
Contestations officielles
Face à ces révélations, le ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement, Suchart Chomklin, a rejeté les conclusions du sondage. Il a contesté les accusations visant le Département de contrôle de la pollution, arguant que l’agence n’a pas de pouvoirs d’arrestation et se limite aux inspections. Il a invité le JSCCIB à fournir des preuves tangibles à la Commission nationale anticorruption, estimant que des accusations non étayées nuisent au moral et à la réputation des fonctionnaires.
Suchart a également défendu le Département des forêts royales, citant des mesures récentes pour récupérer des terres accaparées à Phuket. Concernant les parcs nationaux, il a mis en avant l’introduction de systèmes de billetterie électronique pour réduire les risques de fraude.
Suchart est accusé d’avoir participé, lorsqu’il était ministre du Travail, un système de corruption permettant à de hauts responsables thaïlandais d’extorquer les travailleurs envoyés en Finlande pour la cueillette des baies.
Un problème systémique
Malgré ces dénégations, les chiffres dressent un constat sévère : la corruption est perçue comme un frein majeur au développement économique et à la compétitivité du pays. Le JSCCIB appelle à une adoption plus large des systèmes d’e‑gouvernement et d’e‑procurement, ainsi qu’à des réformes légales pour réduire la discrétion bureaucratique et renforcer la transparence.
Alors que les entreprises dénoncent une situation qui « empire », la Thaïlande se retrouve face à un défi crucial : restaurer la confiance, assainir ses institutions et prouver que la lutte contre la corruption n’est pas qu’un slogan. Le parti Bumjaithai actuellement au pouvoir a vu un certain nombre de ces membres mis en cause dans diverses affaires de corruption.



