
Un vaste coup de filet mené par le Département du développement des affaires (DBD) révèle l’ampleur du phénomène : plus de 50 000 Thaïlandais jouent le rôle de « nominees », c’est‑à‑dire de prête‑noms pour des investisseurs étrangers dans les zones touristiques. L’annonce a été faite le 18 mai par le directeur général du DBD, Poonpong Naiyanapakorn, à la suite d’une mission ordonnée par le Premier ministre Anutin Charnvirakul lors de sa visite à Koh Phangan le 13 mai.
Des chiffres qui interpellent
Les inspections ont mis en lumière des milliers de sociétés à responsabilité limitée où des étrangers détiennent des parts, parfois majoritaires :
- Koh Phangan : 4 761 sociétés, dont 3 213 avec actionnaires étrangers. Les nationalités les plus présentes sont Israël, France, Royaume‑Uni, Russie et Allemagne.
- Koh Samui : 12 050 sociétés, dont 8 213 avec des étrangers. Les plus représentés : France, Royaume‑Uni, Russie, Chine et Israël.
- Phuket : 29 646 sociétés, dont 11 626 avec des étrangers. Les nationalités dominantes : Russie, Chine, Royaume‑Uni, France et Australie.
- Phang Nga : 1 685 sociétés, dont 346 avec des étrangers. Les plus fréquents : Allemagne, Royaume‑Uni, Suède, France et États‑Unis.
- Krabi : 3 587 sociétés, dont 749 avec des étrangers. Les plus présents : Royaume‑Uni, Suède, France, États‑Unis et Italie.
- Bang Lamung (Pattaya) : 33 314 sociétés, dont 19 910 avec des étrangers. Les nationalités dominantes : Chine, Royaume‑Uni, Russie, Inde et Allemagne.
- Hua Hin : 4 061 sociétés, dont 2 081 avec des étrangers. Les plus représentés : Royaume‑Uni, Suède, France, Allemagne et Norvège.
- Pai (Mae Hong Son) : 139 sociétés, dont 50 avec des étrangers. Les nationalités principales : Royaume‑Uni, États‑Unis, Israël, Allemagne et Pays‑Bas.
Cependant, les autorités n’ont pas prouvé que tous ces entrepreneurs sont des délinquants.
Un cadre légal strict
Le DBD cible en priorité les structures où les étrangers détiennent une part élevée ou disposent de droits de signature en tant que directeurs, ainsi que les Thaïlandais apparaissant comme actionnaires ou administrateurs dans un nombre inhabituel de sociétés. Ces pratiques pourraient enfreindre la Foreign Business Act B.E. 2542, notamment ses articles 36 et 37, qui prévoient jusqu’à 3 ans de prison et des amendes allant de 300 000 à 1 000 000 bahts.
Restaurer la confiance économique
Les autorités affirment vouloir protéger les entrepreneurs locaux, éviter la dissimulation de la propriété réelle des actifs et maintenir la confiance dans le système économique et d’investissement du pays. Le DBD, responsable de l’enregistrement des sociétés, a déjà durci ses procédures en 2026 pour limiter les abus.
Cette campagne illustre la volonté du gouvernement de s’attaquer aux réseaux de prête‑noms qui prospèrent dans les zones touristiques les plus dynamiques. Avec plus de 50 000 Thaïlandais impliqués, l’enjeu est considérable : il s’agit de garantir une concurrence loyale et de préserver l’image de la Thaïlande comme destination sûre pour les investisseurs.
Tout comme les étrangers ne sont pas nécessairement hors‑la‑loi, rien ne prouve pour l’instant que ces 50 000 Thaïlandais soient des fraudeurs. Aucune inculpation n’a d’ailleurs été prononcée. Cette opération, demandée par le Premier ministre, pourrait donc en rester à l’effet d’annonce.



